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Inscrire le 1er mai dans la préparation d’un affrontement avec le pouvoir

« Le premier mai sera revendicatif et pas seulement protocolaire » a promis Bernard Thibault en invitant les militants à « acheter des baskets neuves » si d’aventure le 1er mai rassemblait autant sinon davantage que les manifestations du 29 janvier ou du 19 mars.

Au moment où la colère sociale fait la une des journaux télévisés, que les grèves, les séquestrations se multiplient dans les entreprises, jamais la politique des directions syndicales n’aura semblé aussi insipide, aussi éloignée de l’urgence sociale ressentie par des millions de travailleurs, aussi impuissante face au cataclysme social en cours, à l’explosion du chômage, à la dégradation des conditions d’existence des classes populaires provoqués par un système en faillite.
 
Bernard Thibault avait bien promis après la journée du 19 mars qui avait rassemblé plus de trois millions de manifestants de faire du mois d’avril « un feu roulant d’initiatives diverses » sans attendre le premier mai, force est de constater que ce sont bien les salariés directement, à la base, qui ont pris les choses en main. Quitte à sortir des cadres institutionnels et des modes d’actions convenus, là en séquestrant des dirigeants d’entreprise, ici en bloquant l’usine, là en privant d’électricité la chambre patronale de la ville tout en basculant les usagers sur le tarif des heures creuses.
 
Les annonces de licenciements, de fermetures de sites et de sacrifices supplémentaires, paraissent chaque jour plus insupportables, et d’autant plus injustes et révoltants que les salariés savent qu’ils seront les seuls et uniques perdants de la crise au moment où les entreprises du CAC 40 s’apprêtent à verser 35,5 milliards d'euros à leurs actionnaires, un pourcentage de dividendes de 60 %, un record depuis 1987.
 
Les gesticulations du pouvoir, sa tentative de remettre le thème de l’insécurité au centre du débat, sont impuissantes à détourner l’opinion publique de l’urgence sociale et à masquer la réalité d’une politique toute acquise à la défense des intérêts de la bourgeoisie.
 
C’est cette prise de conscience qui explique l’immense soutien populaire aux salariés qui séquestrent leur direction, une sympathie populaire qui oblige même un Fillon à dénoncer « les cas choquants de certains patrons [qui] attisent la violence ». A tel point aussi que Parisot, la patronne des patronnes, ne plaide que pour des poursuites « au cas par cas ». Les journalistes du Figaro peuvent ne voir dans la radicalisation des conflits que la main de l’extrême-gauche, les représentants de la bourgeoisie savent bien que l’opinion publique a basculé en faveur des sacrifiés de la crise. De quoi les contraindre à une certaine prudence.
 
C’est aussi cette prise de conscience qui a permis le succès des 29 janvier et 19 mars, un succès à mettre à l’actif des classes populaires et des travailleurs eux-mêmes qui ont donné à ces journées leur propre contenu politique et leurs propres revendications et certes pas à l’actif des dirigeants syndicaux qui ne proposent au mieux et comme seule perspective qu’une nouvelle journée de 24 heures dans un futur indéterminé. Car « si on se projette, sur l’après 1er mai, et, en tenant compte des mobilisations européennes, des ponts de l’ascension et de Pentecôte et des élections européennes du 7 juin, il n’y a pas beaucoup de week-ends disponibles » avertit par avance Maryse Dumas.
 
Pas question de changer de cap donc ou de prendre exemple sur la Guadeloupe puisque d’après Bernard Thibault « le rapport de forces, c’est le nombre (…) pour atteindre un mouvement aussi fort en métropole, il faudrait être 15 millions. Nous avons encore de la marge ! ». Et d’insister sur l’indispensable unité syndicale.
 
Après les journées du 29 janvier, du 19 mars, il est à présent clair pour des dizaines de milliers de militants que les directions syndicales n’iront pas plus loin, à moins d’y être contraintes par un mouvement qu’elles refusent d’initier ou même d’encourager quitte à susciter un mécontentement dans leurs rangs.
 
Même dans un des secteurs le plus touché par la crise, celui de l’automobile où les grèves se multiplient, la fédération CGT métallurgie refuse, malgré les demandes répétées des syndicats CGT de ces entreprises, d’organiser une manifestation des travailleurs de l’automobile, de peur qu’elle ne serve de catalyseur à un mouvement d’ensemble.
 
Pourtant, mêmes livrées à elles-mêmes, les grèves des ouvriers de Caterpillar, Continental, Toyota, Molex, celles des salariés d’ErDF et de GrDF, des étudiants, des enseignants-chercheurs ou des hospitaliers dessinent un printemps des luttes bien que, jusqu’à maintenant, elles n’aient pas trouvé les forces et les ressources de converger pour bousculer le calendrier des confédérations syndicales, un calendrier destiné à canaliser le mécontentement et désamorcer la révolte.
 
Cette stratégie des confédérations syndicales n’a d’autre ambition que de « peser » sur la politique gouvernementale ou de l’infléchir. Comme le rappelle Maryse Dumas, le contenu politique de la plateforme unitaire des différentes organisations syndicales, signée de Solidaires à la CFDT en passant par la FSU, n’est en rien un programme de rupture affirmant le refus des salariés de payer leur crise, bien au contraire : « ce que nous entreprenons avec la déclaration commune du 5 janvier est d’une toute autre nature. Nous ne demandons pas le retrait d’un projet mais des négociations ».
 
Les choses sont dites : il ne s’agit ni d’obtenir le retrait du plan hôpital, de la loi Pécresse ou de la LRU, ni à fortiori l’interdiction des licenciements, le paiement à 100 % du chômage partiel ou 300 euros d’augmentation pour tous, des revendications pourtant au cœur des mobilisations actuelles, mais simplement de quémander des négociations supplémentaires avec le pouvoir et quelques miettes pour donner le change.
 
Cet accompagnement des attaques gouvernementales n’est certes pas nouveau – et l’intégration des appareils syndicaux à l’Etat ne date pas d’hier – mais à l’heure où la faillite de son système ne laisse aucune marge de manœuvre à la bourgeoisie, où le gouvernement multiplie les provocations et indique qu’il maintiendra contre vents et marées le cap de sa politique, cette orientation révèle toute son impuissance.
 
La violence de l’offensive des classes dominantes pour faire payer coûte que coûte la crise aux classes populaires ruine la crédibilité des discours sur le « dialogue» entre « partenaires sociaux » réclamé par les directions syndicales. C’est ce ressort qui est au cœur de la politisation des luttes actuelles à mesure que se creuse le fossé entre la politique d’accompagnement des politiques gouvernementales et les attentes des salariés.
 
Dans ce contexte, les appels unitaires comme celui signé par le NPA avec les partis de gauche en soutien aux manifestations du 1er mai n’ont de sens et d’utilité que s’ils sont accompagnés d’une bataille politique sans concession sur le contenu, que s’ils trouvent un prolongement local.
 
Oui, les travailleurs aspirent à l’unité mais à une unité au service de la défense des intérêts des classes populaires. C’est bien pour cela qu’il faut prendre les choses en main, partout où nous le pouvons, en rassemblant autour d’une plateforme pour les luttes au niveau intersyndical et interprofessionnel. Au-delà de la dénonciation de l’inertie et de la collaboration des sommets syndicaux, il s’agit de franchir aujourd’hui une étape pour trouver les moyens d’œuvrer concrètement à la généralisation des luttes, à l’image de la grève générale en Guadeloupe et en Martinique.
 
La perspective lancée par Olivier Besancenot et le NPA d’une manifestation nationale contre les licenciements regroupant les salariés de toutes les entreprises en butte à des plans de fermetures ou de suppressions d’emplois peut être un premier levier, une première étape pour organiser la riposte sur des bases claires et cristalliser l’exaspération sociale. Y parvenir nécessiterait que les travailleurs victimes de licenciements sortent de la défensive, boîte par boîte, pour passer à l’offensive en contestant la politique du patronat et du gouvernement pour exiger l’interdiction des licenciements.
 
Ce qui est à l’ordre du jour, c’est discuter partout de manière concrète de comment prendre l’offensive. Là est la question qui renvoie au niveau de conscience, au programme politique. Et notre critique des directions syndicales porte sur le fond, leur politique, bien plus encore que sur le calendrier. Construire un mouvement d’ensemble, c’est convaincre d’un programme d’urgence sociale, de revendications claires et chiffrées, nous donner des cadres de luttes démocratiques, contrôlés à la base, multiplier les espaces de débats et d’actions regroupant tous les salariés syndiqués ou non, les coordonner, à l’échelle professionnelle et interprofessionnelle, départementale et nationale, en comptant sur l’immense réservoir de combativité et de révolte des travailleurs acculés par la crise qui n’ont d’autres choix que la lutte pour refuser de payer la crise du capitalisme.
 
Des milliers de militants syndicaux, nombre de structures syndicales, sont disponibles pour cela. Dans les bassins d’emplois, les départements, se multiplient les assemblées générales interprofessionnelles et intersyndicales, les collectifs ou comités de lutte, autour d’équipes militantes, de structures syndicales ou d’unions locales combatives pour construire l’unité pour la lutte autour de revendications capables de répondre aux exigences des travailleurs face à l’offensive du patronat et du gouvernement.
 
Généraliser et faire converger les luttes, c’est mener – et c’est là la responsabilité des militants révolutionnaires – une bataille politique pour armer les militants du mouvement ouvrier et la fraction de la classe ouvrière et de la jeunesse d’ores et déjà mobilisée, pour qu’elle soit à même d’entraîner les autres secteurs, indépendamment des directions syndicales, avec la claire conscience que les classes populaires ont non seulement toute légitimité à refuser de payer la crise du capitalisme mais que la seule issue à la crise implique d’avancer nos propres solutions, notre propre projet politique. Il ne peut y avoir d’issue sans contester à la bourgeoisie son contrôle sur la marche de l’économie et de toute la société. Une perspective inséparable de la construction de notre parti au cœur des luttes, dans les entreprises, la jeunesse et les quartiers pour en faire l’instrument d’une rupture avec un système failli.
 
Raymond Adams